Faut-il apprendre le partage aux enfants?

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Si apprendre le partage à ses enfants semble logique pour certains parents, il n'est pas forcément une évidence pour d'autres. Mais finalement, est-ce important d'enseigner le partage aux enfants ou pas? Et pourquoi? Une experte répond à cette question.

Si la société pousse nos enfants à partager dès leur plus jeune âge, cette aptitude n’est pourtant pas innée. Qui plus est, partager est un apprentissage qui peut s’avérer difficile pour certains enfants, ou même, pour certains parents. Mais finalement, doit-on vraiment apprendre la notion de partage à nos enfants, et pourquoi? Nous avons interviewé Valentine Anciaux, psycho-éducatrice et créatrice du site psychoeducation.be, une plateforme de formations et de conférences éducatives à destination des parents, des spécialistes et des enfants, sur ce sujet sensible qu’est l’apprentissage du partage.

Apprendre le partage à un enfant est-il important? Pourquoi?

« Oui, bien sûr qu’il est important d’apprendre aux enfants à partager. C’est une habileté complexe qui reprend plusieurs composantes de l’intelligence émotionnelle: la conscience de soi, la maîtrise de soi, l’empathie et les relations interpersonnelles. Il faut savoir que l’intelligence émotionnelle est un facteur prédictif d’épanouissement et d’émancipation tant pour les enfants que pour les adultes, et le partage fait partie de cette intelligence émotionnelle. Lorsqu’on partage de bon cœur, on peut s’en trouver rempli de satisfaction, et c’est bon de pouvoir transmettre cela aux enfants.

L’enfant intégrera petit à petit qu’il est aussi bon, voire meilleur, de donner que de recevoir. Il faut toutefois rester bienveillant à son égard et ne pas le forcer à tout prix à partager sans lui enseigner la notion de compromis ou de négociation. La résolution de problèmes face à un conflit éventuel ou un refus de partager, peut également être un exercice fantastique pour aider l’enfant à trouver des solutions porteuses pour tous. C’est en tout cas un geste formidable pour développer l’estime de soi ».

A partir de quel âge l’enfant est-il capable d’envisager le partage?

« Avant 3 ans, cela me paraît bien difficile et ça peut encore le rester après 3 ans… Il faut savoir que l’enfant a ses fonctions exécutives en construction, et de faibles capacités d’empathie à cet âge. Il ne possède pas encore le bon matériel cognitif pour partager… On peut tout de même lui enseigner et débriefer avec lui sur des situations de partage « réussies » ou plus difficiles en reflétant les émotions vécues lors de ces situations, qu’elles soient agréables ou pas. « Tu as partagé, regarde comme ta sœur a l’air heureuse, qu’est ce que tu en penses? », ou « tu refuses de lui prêter, tu aimerais le garder pour toi. Regarde ton amie a l’air triste, quelle solution pourrions-nous trouver pour que vous soyez bien toutes les deux? ».

Comment encourager le partage, que ce soit au sein de la fratrie, mais aussi avec les autres?

« Tout d’abord, en valorisant les moments de partages réussis, en lui demandant ce qu’il en pense. Quelles sont les conséquences intéressantes qui découlent de son partage? On peut anticiper les situations où il y aura du partage, et demander à l’enfant comment il peut faire pour que cela se passe bien. Mais montrer l’exemple peut être une bonne façon d’encourager le partage aussi. Je mettrais cependant un point d’attention sur le fait qu’en insistant parfois trop sur cette notion de partage, certains enfants se « suradaptent » et peuvent parfois manquer d’affirmation, et faire toujours ce que les autres décident. Idéalement, il faut aussi apprendre à l’enfant à être assertif pour qu’il puisse s’affirmer sans agresser.

Un petit truc, valable pour tous, de 5 à 99 ans: l’Université de Paix a mis au point un jeu très bien pensé pour enseigner aux enfants l’art de la gestion des conflits. Si vous voulez une attention plus soutenue de vos chérubins, utilisez des animaux en plastique ou des photos, ou dessinez tout simplement les animaux.

  • Le lion: c’est le roi de la jungle, il décide tout, il ne partage pas, il se fiche d’avoir des amis, ce qui est important pour lui c’est de jouer à son jeu. Il impose quitte à agresser.
  • La tortue: elle rentre dans sa carapace, elle attend que ça passe. Elle ne partage rien et ne propose de rien. Elle est immobile face au conflit. Elle n’a pas de copines et ne fait pas ce qu’elle veut.
  • Le caméléon: il change de couleur en fonction de la surface sur laquelle il se trouve. Il fait tout ce que les autres veulent même si il n’en a pas envie… Le danger, c’est qu’il peut à un moment donné se transformer en lion…
  • Le dauphin: c’est l’animal le plus intelligent, il se déplace en bande, il veut avoir des amis et faire ce qu’il veut, il est donc très doué pour trouver des solutions qui conviennent à tous! »

Suite à des (futures) situations (réussies ou non) de partage, il est intéressant de faire un retour sur ce qu’il a vécu ou sur ce qu’il décide de vivre, grâce aux animaux. Cela lui permettra de mettre des mots sur ce qu’il ressent plus facilement et d’identifier ses sentiments.

Comment faire face à un enfant qui refuse de partager?

« Jusque 3 ou 4 ans, on peut lui dire: « tu n’as pas envie de partager, tu voudrais garder ton jeu pour toi et ta sœur, comment se sent-elle face à ton refus? ». On peut aussi mettre en évidence les stratégies de négociation mises en place par l’autre enfant, qui a envie de passer un bon moment avec lui. On peut tenter d’utiliser un chronomètre, en expliquant qu’il peut jouer X minutes avec son jeu et quand ça sonne, on change. Pour les plus grands, on peut garder ce système mais on peut les encourager à trouver eux-mêmes des solutions « dauphin », en faisant appel au compromis ».

Comment intégrer le partage comme valeur familiale?

« En tant que parent, le principal est de faire de son mieux, en jonglant entre le développement de l’empathie et de l’affirmation de soi, et celui de ses enfants. J’aime prendre l’image du seau des besoins de l’enfant. Quand on retrouve ses enfants, on doit s’assurer que leur « seau » des besoins est plein, c’est-à-dire que leurs besoins physiologiques, d’attention, de reconnaissance, d’appartenance, d’estime d’eux… sont remplis, car ces besoins sont aussi importants que les besoins vitaux. On peut en discuter, raconter une petite histoire, ou juste prendre un moment pour prendre le niveau de ce seau. En général, si on a réussi à remplir leur seau, ça roule. Ils seront plus sereins, même face aux conflits…

Cette métaphore du seau des besoins est valable pour les parents aussi. Lorsque notre seau est plein, nous sommes plus justes avec nos enfants que lorsque notre seau est vide, ou lorsque nous sommes stressés ou encore fatigués. Enseigner cela aux enfants fait partie de la conscience de soi, qui est une composante importante de l’intelligence émotionnelle ».

Pour plus d’infos sur le sujet du partage et de l’intelligence émotionnelle, rendez-vous sur www.psychoeducation.be

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